“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

intense (71) soigné (70) groovy (68) Doux-amer (59) poignant (58) ludique (56) entraînant (53) envoûtant (51) original (50) sombre (47) communicatif (46) lyrique (45) onirique (45) élégant (43) pénétrant (42) sensible (41) audacieux (40) hypnotique (40) attachant (38) lucide (37) apaisé (36) vintage (34) engagé (32) intemporel (29) Expérimental (28) intimiste (27) frais (26) orchestral (26) rugueux (26) Romantique (25) efficace (25) spontané (25) varié (22) contemplatif (21) fait main (21) funky (21) nocturne (20) puissant (19) extravagant (18) sensuel (18) inquiétant (15) lourd (13) Ambigu (10) heureux (10) épique (10) culte (8) naturel (2)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

mardi 17 janvier 2017

IRMA VEP - No Handshake Blues (2017)





O
hypnotique, intense, inquiétant

Rock lo-fi, indie rock

Un solitaire qui sait s'entourer, un illusionniste de la guitare qui semble préférer le défi des espaces confinés, le gallois Edwin Stevens a trouvé dans Irma Vep, son projet en solo, une façon de renvoyer au rock le plus expérimental, tout en faisant de chaque morceau une performance en soi, un moment unique. A Woman Work is Never Done provoque, dès l'émergence de la guitare, à travers un rideau de pluie, une tension qui ira crescendo durant 11 minutes.

Les légendes locales de Manchester DBH apportent entre autres un violon qui branche tout de suite Irma Vep sur des vibrations Velvet Underground, et cela ne fait que se confirmer tandis que les strates bruitistes se superposent. La voix, captée dans un appareillage étriqué, prendre des intonations évoquant Smog, le projet de Bill Callahan, dans la première moitié des années 1990. A Woman Work is Never Done dégage, dans une spirale de guitares ululant comme cent succubes, puis hurlant telles mille banshees, dans la répétition de la phrase qui lui donne son titre, une claustrophobie familière. La batterie, jouée également par Stevens, émet des sons métalliques, pour canaliser le timbre effrayant des grands pionniers du rock punitif.

Les chansons sont plutôt des tentatives, à l'image de la chanson titre, sorte d'ébauche n’existant que pour le plaisir d'un certain son, à la fois spectral, volatile et si intime, qui colle à la peau. La plus courte, Hey You, n'étant pas la moins fascinante, de par sa mélodie. Elle redimensionne ce qu'est une performance live : un grand moment de solitude dans un espace restreint. Le blues dont il est question renvoie à l'austérité de Scout Niblett, par exemple, dans les moments les plus directs, par exemple Armadillo Man. La guitare comme instrument de sidérurgie. Still Sorry est exploratoire dans les sons, glutineux dans sa production, avec juste assez de candeur pour rester suspendu, à la façon d'une chanson de Deerhunter. C'est un rock lo-fi intérieur, confiné.

https://irmavepirmavep.bandcamp.com/album/no-handshake-blues
 

jeudi 12 janvier 2017

{archive} ESSRA MOHAWK - Primordial Lovers MM (1970 - 1974)





OOO
intemporel puissant, lyrique
Rock, songwriter, soul

Le sort d'un album est lié à sa disponibilité dans le commerce. Tant qu'aucune maison de disques ne fait l'effort de le rappeler au souvenir d'une nouvelle génération d'auditeurs, l'œuvre et le message ne retrouvent pas leur public. Essra Mohawk a insisté sur le fait qu'elle avait avant tout un message crucial, et c'est ce qui lui a donné la témérité d'enregistrer, en s'entourant de musiciens capables d'épouser favorablement son style vocal libre et obsédant. Primordial Lovers MM rassemble Primordial Lovers, sa déclaration d'intention, son hymne au pouvoir libérateur de la nature et de l'émotion, et son album éponyme. Sur l'un elle ouvrait une voie, sur l'autre elle semblait émuler Leon Russel et une génération douée de songwriters. Jamais elle ne reproduira la quête menée à bien sur Primordial Lovers.
Elle aurait aimé une pochette plus lumineuse, avec des corps entremêlés courant sur le recto et le verso, sur-imprimés du soleil et de la terre. « L'horizon aurait été fait de la ligne de rencontre des corps ». Pour le reste, son message consistait à montrer une vérité absolue, sensuelle et entière. A incarner cette personne entière, capable de nous toucher tous, d'enter en relation avec chacun dans ce qu'il a de plus profond. « I am a woman/And i got to tell the truth » chante-elle dans Song to an Unborn Soul, avec une emphase à couper le souffle. Cela peut paraître banal, mais elle donne au rivage de la vérité une nouvelle dimension mouvante et charnelle. Très peu d'artistes privilégieront avec autant de liberté et de fougue leur message. Comme Laura Nyro, Essra Mohawk ne prenait rien plus au sérieux que son art. Elle voulait toucher les limites du sentiment humain, avec cette capacité à basculer dans la vulnérabilité et à se montrer péremptoire à la fois. « All life is two lovers/Spinning, spinning towards each other/Reaching, reaching to be one/Just like two primordial lovers/Once created our sun. » Sur Primordial Lovers, en comparaison avec son disque suivant de 1974, elle n'articule pas toujours suffisamment pour que l'on saisisse exactement ce qu'elle chante. Comme s'il s'agissait avant tout d'un flot de musique. Primordial Lovers se veut universel, voit Mohawk traverser de multiples phases, à la fois provocante, noble et mystique, comme si elle ne changeait pas seulement de voix, mais de corps. C'est une musique épidermique, qui fait frissonner.

Le premier chef d’œuvre de l'album arrive avec I Have Been Here Before. Le vibraphone et des cuivres rodent avant de s'élever, sur les mots « Now i'm here with you. ». Mohawk utilise le scat des chanteurs de jazz, et montre comment elle privilégie l'énergie live et la spontanéité, avant de retomber dans un chant mystérieux, dans un nouveau basculement. On comprendra ce qu'on pourra. I Have Been Here Before crée l'un de ces moments que seule une performance de concert peut habituellement ménager, un moment unique dans l'esprit de l'auditeur. En conséquence, on se fera attentif, lors des écoutes suivantes, pour tirer de ce moment décisif de nouvelles raisons de considérer Primordial Lovers dans toute sa radieuse originalité.

Une trentaine de musiciens ont rendu cet album possible, s'adaptant selon l'esprit des chansons. On retrouve notamment le guitariste Lee Underwood, qui a joué sur plusieurs albums de Tim Buckley ; Dallas Taylor le batteur original de Crosby Still & Nash, et Doug Hastings. Des connaissances du producteur Frazier Mohawk, le mari d'Essra Mohawk. Leur entente et leur confiance communes ont ouvert des possibilités musicales inédites, que ce soit soit dans le jazz puissant qui sert de moelle ou dans la façon d'Esrra Mohawk d'agir comme si elle s'épanouissait en direct sur l'album. L'une de ses techniques préférées est ce qu'elle appelle le 'vocal collage', pour rendre plus dense encore une œuvre déjà très développée. Le résultat est bouleversant sur le pont de I'll Will Give It To You Anyway

Primordial Lovers n'est pas une œuvre isolée dans sa création, mais inspirante pour beaucoup d'artistes dès l'époque de sa conception. Ainsi, I Have Been here Before fascina David Crosby au point qu'il suppliait toujours Mohawk de jouer cette chanson plutôt qu'une autre lors de leurs rencontres, au point qu'elle finisse par influer sur le refrain de sa propre chanson Deja Vu. « Quand je l'ai entendue, c'était vraiment du 'déjà vu ' pour moi », se souvient Esrra Mohawk. Look Forward to the Dawn se déploie encore plus posément. Mohawk se dit inspirée pour le piano par Joni Mitchell, qui elle-même écrivit Woodstock en pensant à Mohawk. celle-ci avait raté le festival à cause d'un problème d'organisation de son management. L'une des raisons, selon elle, pour que ses albums continuent d'être si secrets aujourd’hui. Thunder in The Morning déploie encore une énergie communicative que l'on a envie de reproduire, de partager, de faire connaître, et deviendra l'une des favorites des admirateurs de Mohawk. Sa voix est celle de la plaidoirie, dans le sens de louange. Son attitude envers les éléments ne passe jamais la ligne de la supplication ; dans son abandon le plus sincère, c'est encore la force impérieuse qui garde le dessus. Une grâce irradie des guitares et des cuivres sur It's Up To me, avant de terminer avec une chanson soul, presque gospel où l'on s'entendrait à ce que Mohawk se décide à recréer Dieu pour parachever son expérience naturelle.

Sur l'album éponyme qui suivra, elle affirme encore son message. Accrocheur et entêtant, il est la meilleure façon d'écouter Essra Mohawk si vous préférez l'immédiateté à la recherche. Mais si vous voulez ressentir une émotion étrange et inédite, Primordial Lovers reste la clef qu'il suffit de tourner pour faire échapper l'art d'Esrra Mohawk à son bannissement perpétuel.

01. I Am the Breeze
02. Spiral
03. I'll Give it to You Anyway
04. I Have Been Here Before
05. Looking Forward to the Dawn
06. Thunder in the Morning
07. Lion On the Wing
08. It's Up to Me
09. It's Been a Beautiful Day
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